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Métiers & Engagements

Les métiers à l’épreuve des nouvelles technologies de l’information et de la communication

Un métier se définit comme la maîtrise d’une pratique. Cette maîtrise s’acquiert pour l’essentiel par apprentissage. Toutefois, à des degrés variables, la maîtrise dépend de savoirs initiaux détachés de la pratique, ceux-ci étant souvent catalogués de savoirs théoriques. La place prise aujourd’hui par les technologies de l’information et de la communication entraîne-t-elle à relativiser aujourd’hui la référence à un métier et remet-elle en cause les choix d’orientation pour accéder à un métier ?

Dans une large mesure ces interrogations sont liées au phénomène de l’innovation technologique. Ce dernier repousse, dans diverses directions, les frontières du possible. Ce mouvement crée de la mutation, cette dernière vient de l’arrivée de nouveaux objets, de nouveaux moyens de production, de transport… S’il existe de grandes révolutions dans l’innovation, il y a surtout des mouvements lents et diffus. Ces derniers ont comme conséquence de modifier les conditions économiques de production d’un bien ou d’un service, ce qui entretient la mutation et à terme modifie sensiblement les pratiques d’exercice d’un métier et les compétences mises en œuvre.

L’innovation et les mutations existent depuis toujours. Le chemin de fer et l’automobile ont remplacé depuis longtemps la diligence. Les métiers ont toujours évolué, certains ont presque disparu, d’autres sont apparus ; toutefois jamais, semble-t-il, la mutation n’a été aussi profonde, impactant surtout la totalité des métiers, qu’avec cette transition prodigieuse offerte par les technologies de l’information et de la communication. La raison première vient que cette transition impacte, pour tous les métiers, tout autant les savoirs théoriques de la formation initiale, leur mise en pratique dans les apprentissages initiaux et la mise en œuvre de compétences professionnelles tout au long de la vie. L’ensemble des savoirs, savoir-faire et savoir-être de l’individu en est transformé.

À l’évidence, il peut être objecté que les métiers sont plus ou moins concernés par ce mouvement d’innovation. Ceci est fort juste. Le néologisme d’ubérisation de l’économie illustre ceci ; le métier de taxi a peu évolué dans les compétences de base qu’il requiert, mais l’introduction de nouvelles techniques de mise en relation avec la clientèle  en a modifié les conditions d’exercice. De même tous les métiers des transports de voyageurs sont influencés à des degrés divers par l’émergence du covoiturage dont le potentiel est élargi par ces nouvelles technologies de l’information et de la communication. D’ici vient une première difficulté d’appréhension, la mutation agit pleinement sur les modes de production et de distribution des biens et services, toutefois les métiers concernés par ces mutations peuvent enregistrer de très variables retombées sur les pratiques et le poste offerts dans chaque métier. Certes, des métiers émergent, d’autres tombent en désuétude, mais le plus grand nombre évolue peu quant aux savoir-faire. Les évolutions, souvent, si elles ne concernent pas le cœur de compétence du métier viennent plus dans les modes de communication, le faire savoir, et l’introduction de nouvelles compétences qui modifient l’équilibre entre les savoirs initiaux, les savoirs techniques et l’expérience professionnelle. Ainsi des métiers doivent remettre en cause leurs filières de formation et l’équilibre entre les savoirs généraux requis et des savoirs techniques plus spécifiques au risque d’être bien vite obsolètes.

Rapidement, il est nécessaire de rappeler ici la position du métier comme marqueur social. S’il atteste de la compétence du travailleur, il est aussi, par un ensemble de règles et de conventions sociales, un mode fort de signalement dans la société. Ceci peut générer des tensions de par la mutation introduite par les nouvelles technologies de la communication et de l’information. Cela joue plus pour les métiers les plus réglementés et peut s’exacerber quand l’évolution des techniques permet de délocaliser ou de substituer rapidement une main-d’œuvre à une autre pour l’exercice d’un métier. Les nouvelles technologies ont introduit de nouvelles formes de flexibilité dans l’emploi, de ceci certaines analyses prévoient même la fin du salariat.

De cette confrontation du métier à la mutation, il semble opportun de dégage deux enjeux, le premier est lié à l’équilibre entre formation initiale et expérience professionnelle, le second concerne l’effet de la mutation sur la reconnaissance et le choix des formations. Le premier enjeu peut-être celui d’une remise en cause des formations initiales. Dans la mesure où les techniques évoluent rapidement, une stratégie d’orientation pourrait être de préférer la pratique d’entrée rapide vers l’apprentissage au détriment d’études théoriques avancées. Avec évidemment le risque collatéral qu’un tel choix fige les compétences sur les techniques d’un instant, alors qu’un bagage théorique plus solide permettrait de mieux maîtriser l’impact des avancées technologiques. En rapport à cet enjeu il n’existe pas de choix évident ; dans un métier donné les deux options doivent coexister en s’enrichir mutuellement. Le problème vient souvent de la meilleure position d’une option suivant le lieu et le contexte d’exercice du métier.

Le second enjeu complémentaire est celui de la formation adéquate. Dans des environnements économiques et techniques en large mutation, il est vain de prévoir des filières de formation préparant au métier pour la vie. Évidemment le système de formation s’adapte à ces changements, mais le risque est présent d’une adaptation imparfaite ou décalée. Face à ce risque, il faut dans une certaine mesure relativiser. Si la parfaite adéquation d’une formation pour un métier donné, à un temps donné, ne peut exister ; alors, il est nécessaire de considérer une filière de formation plus comme un signal offert aux individus qui en sont issus. Suivant les voies de formation et leur résultat les individus pourront être ainsi filtrés sur leur capacité à exercer un métier. Bien sûr ce processus se base sur l’efficacité et la qualité des compétences individuelles acquises dans la filière de formation. Mais, il se base tout autant sur des phénomènes de réseaux, de proximité et de renom.

L’orientation vers telle ou telle filière se présente comme un choix crucial dans cette période de mutation. En premier, il faut prévoir une pression diverse des changements technologiques suivant les métiers et leurs pratiques. En second, dans un contexte économique volatil l’accès aux métiers se diversifiera largement entre filières de formation initiale théorique, ou immersion plus rapide dans l’alternance par l’apprentissage.

Jean Bourdon, directeur de recherche émérite au CNRS, IREDU (Dijon)

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Editorial. Une formation pour la vie.

« À 14, 17 ou 18 ans, il n’est pas anormal de se demander ce que l’on peut faire dans la vie et, pour s’y préparer, vers quelles études s’orienter. L’orientation est un exercice délicat au croisement des désirs, opportunités, compétences réelles ou supposées, prouvées ou en attente, et aussi de la ténacité.

Le mystère d’une vocation qui se révèle c’est une façon nouvelle de s’exposer dans le quotidien d’un métier, un engagement. Un phénomène joyeux, qui donne au travail le sens d’une mission, qui donne sa valeur à l’existence.

L’école joue un rôle important dans la préparation des jeunes à aborder la vie professionnelle ; la dimension humaine – la façon dont ils exerceront leur futur métier – se construit aussi dans les relations et les expériences de vie en groupe.

Mais les métiers sont tellement bousculés, dans un contexte changeant, que la préparation à un métier spécifique a moins de sens aujourd’hui que le développement des compétences et le renforcement des relations.

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