Le stress des élèves est une question qui doit être abordée sans légèreté.
Evoquons avant tout le stress positif, celui de l’émulation, celui qui donne à l’adolescent le goût du dépassement de soi. L’excellence au sens Foucaldien : donner le meilleur de soi-même, le résultat venant au second plan. Il s’agit du message de la vie du Frère universel, Charles de Foucauld, que l’Ensemble scolaire a redécouvert à l’occasion du centenaire de sa mort le 1er décembre 2016. Charles « de Jésus » était parti dans le désert pour proposer l’Evangile aux Touaregs mais au final, tout en partageant leur vie, il ne convertit personne. Même si Charles a parfois connu l’échec, sa vie reste un modèle : il a donné le meilleur de lui-même dans cette recherche d’absolu que nous présentons à nos élèves.
Echouer, faire des erreurs, peut être un chemin d’humanité qui nous permet de nous découvrir davantage que dans une réussite automatique et programmée. En revanche, en tant qu’éducateurs, nous ne pouvons rester hermétiques aux tourments d’une adolescence de plus en plus perturbée par le fracas du monde et par les ruptures familiales ou relationnelles. Comment pouvons-nous agir dans un collège de plus de 1200 élèves que nous voulons le plus humain et le plus attentif possible ?
Le premier pari pour répondre à ce défi du bien-être des élèves est de permettre aux professeurs de donner davantage. En réfléchissant régulièrement avec ses élèves sur des questions existentielles dans le cadre du parcours Mes questions, parlons-en…, le professeur principal est perçu comme l’interlocuteur incontournable en cas de petite crise ou de passage à vide. Cet investissement traditionnel des professeurs principaux appartient à l’ADN du Collège. Un effet bénéfique qui rejaillit sur les conditions de travail de tous les enseignants : l’échange interpersonnel profond favorise la sérénité des conditions d’enseignement.
D’une façon générale, ce sont tous les acteurs qui sont incités dès leur arrivée à Foucauld à déceler les signes du mal-être des adolescents afin de les traiter. Véritables animateurs de cet état d’esprit, les deux C.P.E. (Ch. OSTARD et Ch. COLAS) sont les vigies qui réagissent – accompagnés de leur équipe de la Vie scolaire – aux moindre signaux d’alerte. Souvent, une conversation empreinte d’écoute et d’empathie, ainsi qu’un appel aux parents permettent de dépasser les petits tracas du quotidien. Mais parfois cela ne suffit pas… Dans ces cas-là, nous confions la situation à Madame B. DURAND, psychologue diplômée, qui reçoit les élèves volontaires pour un entretien individuel.
Au-delà d’une écoute personnalisée, des actions collectives de sensibilisation sont proposées à chaque niveau : lutte contre le harcèlement en 6ème (des rappels sont effectués tout au long des quatre années du collège tant ce phénomène est à combattre avec la plus grande fermeté), dérives de l’Internet et du numérique en 5ème, (Association Un clic-déclic), dangers de la drogue en 4ème (Association Le Phare), affectivité et sexualité en 3ème (Association Sésame).
Dans cette quête pour le bien-être des élèves, nous devons être tout particulièrement attentifs aux élèves à besoins éducatifs particuliers (EBEP) qui peuvent subir plus que les autres – parce que plus fragiles – un sentiment d’exclusion. Le choix fait par l’Ensemble scolaire Charles de Foucauld est de rémunérer une enseignante formée et diplômée pour le suivi de la politique du handicap, notamment cognitif, au Collège. Par son soutien et la formation continue des AESH (Employés de Vie Scolaire), Madame P. TEXIER est l’interface indispensable entre les familles, les professeurs et le référent académique chargé de l’accompagnement des EBEP.
Les quatre Responsables de Niveau (C. VERDIER, D. TIENGOU, V. RENAUDON, S. POLLICE) sont également des acteurs indispensables à l’accompagnement. Les rencontres régulières avec les redoublants ou avec les élèves en difficulté scolaire sont envisagées comme des séances de coaching : le dialogue avec l’élève se fonde sur la prise en compte des conditions concrètes de sa vie. C’est en comprenant sa situation, son parcours et sa réflexion que l’on peut trouver les leviers pour le faire évoluer vers une dynamique de progrès !
La cohérence éducative entre le Collège et les parents est le premier rempart au mal-être de l’enfant. La condition de ce partenariat est un dialogue en vérité avec les familles. Nous devons oser dire aux parents que de laisser le smartphone à son enfant la nuit met en péril sa scolarité et son équilibre psychique ! Nous devons oser dire qu’être le premier de la classe ou bien que de baisser d’un demi-point de moyenne générale lorsqu’on a 15/20 n’aura aucune conséquence sur son avenir professionnel !
Malgré tous les efforts de la communauté éducative pour éloigner la pression que certains élèves subissent, le Collège a décidé cette année de proposer des séances de sophrologie assurées régulièrement par Madame CLERC, sophrologue diplômée, grâce à l’aide de l’APEL.
Et puis il y a tout ce qui se joue entre élèves… Malheureusement, la bienveillance n’est pas forcément spontanée entre adolescents. Souvent elle doit s’organiser, voire se décréter. Et quand les adultes osent exiger l’exemplarité, ça marche ! Les Troisièmes se sentent utiles lorsqu’ils sont des modèles pour les plus petits, notamment dans le cadre du parrainage établi entre chaque classe de 6ème et chaque classe de 3ème. Une quarantaine de Troisièmes s’engagent même dans un tutorat scolaire sur une longue période durant la pause méridienne !
Le maillage des activités extrascolaires contribue également à renforcer un épanouissement pour les élèves : association sportive, section sportive, clubs (photo, échecs, environnement, danse, théâtre, lecture, bridge, mini-entreprise, chorale, etc.), Frat’ (petits groupes de partage et de réflexion spirituelle). De nombreuses sorties organisées par les professeurs en France ou à l’étranger sont aussi porteurs d’une cohésion… Tout comme les rencontres organisées avec le réseau des établissements SAFA de la tutelle des Frères de la Sainte Famille (Olympiades, semaines culturelles), tous les deux ans, avec des collèges espagnols ou italiens.
Comme le dit Saint Paul, « J’aurais beau avoir toute la science des mystères […], si je n’ai pas la charité […], je ne suis qu’un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. ». Transposé au Collège, cela signifie que toutes les initiatives visant au bien-être des jeunes ne servent à rien si celles-ci ne sont pas envisagées avec joie. De la cordialité entre adultes, un sourire communicatif, un peu d’humour redonnent bien souvent du sel au projet d’un jeune, un sens à sa vie.
Eric PIREYRE, Chef d’établissement du Collège Charles de Foucauld – décemb