L’approche de l’éducation à l’orientation concerne tous les acteurs de la communauté éducative et l’accompagnement à l’orientation commence très jeune. Il ne peut se réduire aux seules étapes où l’on doit faire des choix. C’est un processus et un cheminement complexes dont le champ ne relève pas seulement de l’école : les élèves, sont des personnes avec leurs histoires et leurs parcours de vie. Toutefois, il est encore délicat de pouvoir croiser les compétences disciplinaires, transversales et les appétences afin de promouvoir une conception « vocationnelle » de l’orientation dans une perspective de formation intégrale de la personne[1].
Nous sommes dans une période complexe où croiser les termes « orientation » et « vocation » a du sens. C’est au nom de l’unité de la personne qu’il est aujourd’hui indispensable de conjuguer ses deux mots plutôt que de les juxtaposer. Le tissage de ces deux concepts invite à une réflexion plus systémique, au carrefour des quatre relations humaines fondamentales rappelées par le pape François[2]
– La Relation à soi : ai-je de la valeur ? Cette question se confond avec la question « est-ce que je mérite d’être aimé ? ».
– La Relation aux autres : parents, pairs, enseignants que me font-ils découvrir de moi-même ? que désirent-ils pour moi ? Ai-je une place parmi eux ? Suis-je utile ? Est-ce qu’on m’aime ?
– La Relation à la planète : où suis-je et que suis-je dans « les » maisons communes ? Que puis-je faire pour les autres ? Au-delà de la question des autres, il y a la question de la vie sociale. La question est comment je vais faire quelque chose qui me rende heureux et aide les autres. Comment habiter la maison commune à l’échelle planétaire si je ne sais comment habiter la première maison commune qu’est l’école, la classe ?
– La Relation à Dieu : La vie a-t-elle un sens ? Ma vie a-t-elle du sens ? On ne peut pas grandir si l’on ne trouve pas de sens à la vie. Un jeune, aujourd’hui, ne peut pas effectuer un exercice s’il n’en perçoit pas non seulement l’utilité, mais aussi la signification. Pourquoi suis-je là ? Telle est la question « racine » en laquelle se posent finalement toutes les questions de sens. Elle s’adresse à tous, croyants ou non croyants, par une entrée toute simple : le « mystère » – ou tout simplement le « fait » – de ma propre existence. Une existence qui m’a été donnée gratuitement, sans que j’aie eu à ne la choisir ni à la mériter. Voilà qui attire mon attention sur le fait que je ne suis pas ma propre origine et du coup, que le sens de ma vie ne se trouve peut-être pas qu’en moi. La question posée ici est bien sûr celle de la transcendance quelle que soit ma façon de la nommer. Mais elle ne s’y limite pas pour autant, la vie étant finalement cette expérience à se découvrir responsable de la transmission d’un don qui me dépasse.
Ainsi, aborder l’orientation au carrefour de ces quatre relations fondamentales est essentiel pour les jeunes que nous accompagnons dans un monde en perpétuelle mutation. En effet, ils entendent sans cesse des adultes qui disent les incertitudes de l’avenir. Il nous faut donc trouver les mots afin que chacun d’eux puisse trouver ses propres mots pour chercher sa voie.
Ceci nous amène à concevoir l’orientation comme un « parcours de maturité humaine » où chacun est pris en compte dans la totalité de sa personne, dans son rapport au monde, aux autres, à lui-même, et à la transcendance.
Ceci doit permettre à chaque jeune de se découvrir unique et irremplaçable dans ce qu’il peut apporter aux autres, dans la « maison commune ».
Osons le dire, pour cela, chacune et chacun a besoin de se savoir avant tout aimé. Il ne saurait y avoir d’orientation véritable sans amour, sans appel à la vie en abondance. Cette démarche n’est pas aisée. Elle est exigeante. Elle demande de concevoir un parcours d’avenir et de formation où tous les acteurs de la communauté trouvent leur place et puissent travailler à une mise en œuvre vocationnelle de l’orientation dans une perspective de formation intégrale de la personne.
Benoit Skouratko
[1] Secrétariat général de l’Enseignement catholique (SGEC), Pôle Éducation.
[1] Concile Vatican II, Déclaration Gravissimum educationis sur l’éducation chrétienne, § 1 : « Il faut donc, en tenant compte du progrès des sciences psychologique, pédagogique et didactique, aider les enfants et les jeunes gens à développer harmonieusement leurs aptitudes physiques, morales, intellectuelles »
[2] Pape François, lettre encyclique Laudato Si, §66, 70, 141.
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